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Intimidation : s’engager… à réagir

«Je m’attendais à ce que ce soit plate… Et, au contraire, ça me donne encore plus le goût de m’engager!», a conclu le jeune Benoît Fleury-Denoncourt, un des participants au forum citoyen sur l’intimidation qu’a organisé, à Victoriaville, le Centre Emmaüs en collaboration avec Outils de paix.

Avec d’autres membres de son groupe «Jeunes en action» du Carrefour jeunesse emploi (CJE) d’Arthabaska, Benoît, le rappeur, a passé la journée au cégep de Victoriaville afin de trouver les moyens de contrer l’intimidation.

Il a admis que les jeunes de son groupe avaient été contraints d’y participer, eux qui projettent réaliser des capsules de «pub-choc » sur le thème de l’intimidation, de courtes vidéos percutantes qu’on voudra diffuser largement sur le net. Elles devraient être prêtes pour le gala du dixième anniversaire du CJE vers la fin de l’automne.

Au total, une cinquantaine de personnes ont participé à cette journée de sensibilisation et de mobilisation. Le forum devrait faire germer de nouvelles actions communautaires préventives.

Benoît et Alexandre Flamand, un autre membre du groupe du CJE, se sont étonnés de constater qu’un phénomène vécu entre jeunes préoccupait une aussi grande diversité de personnes. «Ça inquiète l’école, des organismes, des parents», a souligné Benoît.

Une présence appréciée

La présence de ces jeunes a donné au Forum une teinte toute particulière, surtout lorsque, vers la fin de la journée, on a mis en scène une situation d’intimidation. Avec l’animateur Luc Gaudet (de Mise au jeu), l’auditoire a pu saisir les limites de certaines interventions. Un témoin ne peut, toujours seul, mettre un terme au harcèlement dont son ami est victime.

Et, comme l’a souligné Michèle Gariépy, de Pacte Bois-Francs, la médiation n’est possible que si l’intimidateur et la victime sont sincères et volontaires.

En atelier, on a analysé le phénomène, tenté d’en comprendre les causes, d’en jauger les répercussions, d’identifier les résistances, de trouver des moyens de le prévenir et de le contrer.

On a constaté que trop souvent, chacun se confine à son rôle (policier, directeur d’école, enseignant). Agir pour contrer la violence implique forcément de sortir de sa zone de juridiction, a-t-on constaté.

Des idées

Plusieurs idées ont été lancées pour venir à la rescousse des jeunes intimidés, comme ces travailleurs de rue dans le milieu scolaire auprès de qui les élèves pourraient avoir recours en toute confiance.

On mise aussi sur l’influence que les jeunes leaders positifs pourraient avoir sur leurs pairs.

Des conférences offertes aux parents, des stages de ressourcement pour les jeunes constituent d’autres moyens de prévention. Il se fait déjà beaucoup de choses dans le milieu scolaire, a-t-on dit, et les actions entreprises méritent d’être poursuivies. On pourrait aussi inviter des intervenants, des policiers, des anciens élèves à aller à la rencontre des élèves pour les entretenir des répercussions qu’ont les insultes, les injures, le harcèlement dans la vie de quelqu’un.

Des «sentinelles»

Le Forum avait été alimenté, en quelque sorte, par les jeunes de Katimavik Victoriaville ayant travaillé dans les écoles au cours de la session d’hiver.

À l’École secondaire Sainte-Marie de Princeville, l’engagement de la jeune Camille Brouzes, d’Ottawa, a fait le bonheur de la directrice Liette Provencher. Cette dernière était d’ailleurs la seule représentante du monde scolaire au Forum. «Camille a été notre bonbonne d’oxygène», a dit la directrice.

Mme Provencher a dit que d’avoir participé au Forum l’avait «rassurée». «Je me sens moins seule, je sais qu’il existe des ressources dans le milieu pour réduire l’intimidation. Si on ne peut l’abolir, on peut tout au moins y réagir.»

À l’École Sainte-Marie, avec l’aide de Camille, on a formé six élèves capables de se manifester lorsqu’ils assistent à des scènes d’intimidation. Ils arborent un chandail sur lequel il est écrit «Ici, nous disons non à l’intimidation!». «Les jeunes n’ont pas à intervenir plus que de se présenter et rappeler que l’intimidation est inadmissible. C’est une mini action devant un phénomène de masse.»

La directrice dit qu’elle pourrait fermer les yeux. «Mais je veux être avec les jeunes et l’intimidation a à voir avec leur réalité.»

Dès l’âge de 6 ans

Le portrait présenté en matinée a montré que dès l’âge de 6 ans, les jeunes étaient exposés à l’intimidation. «Dans 75% des cas, des jeunes sont intimidés en raison d’une caractéristique liée à leur apparence physique», dit Dany Bernier, chargé du projet Katimavik local. «Et cela les suit pendant au moins quatre ans.»

Encore plus présent au secondaire, ce type de violence prend d’autres formes. La timidité fait de certains jeunes des victimes faciles, a également souligné le chargé de projet.

Le jeune Benoît Fleury-Denoncourt dit que tout n’est pas noir ou blanc. «L’intimidateur est souvent quelqu’un qui a, lui-même, été un intimidé, par ses parents, par exemple. Il retourne sa colère et ses frustrations vers un plus faible.»

Les «matériaux» du Forum devraient servir au groupe de travail que formera, cet automne, le Centre Emmaüs, a précisé Martin Yelle. Ce groupe devrait traduire en action les idées lancées par le Forum.

Malgré la disparition des subventions fédérales pour Katimavik, on ne renonce pas, ici, à relancer un programme local par lequel des jeunes volontaires continueraient de mettre l’épaule à la roue des institutions et des organismes.

Publié le 8 Juin 2012
Hélène Ruel
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